Par Candice Bouchez, fondatrice de Bon Magasinage
La première plateforme seconde main du Québec bannit l’ultra fast fashion
Il y a quatre ans, je publiais une lettre ouverte intitulée Puisque nous portons tous des vêtements.
J’y expliquais que l’industrie de la mode avait créé un rythme si effréné qu’il ne pouvait reposer que sur des conditions de travail indignes, une production massive intenable, au détriment évident de notre planète.
À ce moment-là, je ne me doutais pas que nous franchirions un nouveau cap avec l’hypercroissance de l’ultra fast fashion.
Quatre ans plus tard, nous portons toujours des vêtements.
Mais avons-nous encore conscience de ce qu’ils représentent ?
Derrière chaque pièce, il y a de la matière, du temps, des savoir-faire, de l’eau, de l’énergie.
Et pourtant, plus les vêtements sont nombreux, plus ils sont vite oubliés.
L’abondance de notre monde nous a fait perdre le sens de la valeur.
Ce constat n’est pas une opinion.
C’est une réalité écologique, humaine et culturelle qui ne fait que s’aggraver.
Avec l’ultra fast fashion c’est jusqu’à 10 000 nouveaux modèles qui peuvent être créés chaque jour. *1
Pour tenir ce rythme, l’ultra fast fashion repose sur des ateliers non certifiés, sans audits sociaux ni normes de sécurité.
Au Canada, une enquête de CBC Marketplace menée avec des chercheurs de l’Université de Toronto a révélé que 20 % des vêtements et accessoires ultra fast fashion testés présentaient des niveaux préoccupants de substances chimiques dangereuses dont du plomb, des PFAS et des phtalates. Un sac Shein contenait à lui seul plus de cinq fois la quantité de plomb que Santé Canada considère comme sécuritaire dans les produits pour enfants. *2
Pendant ce temps, nous achetons deux fois plus de vêtements qu’il y a 15 ans, mais nous les portons 36 % moins longtemps. *3
On estime qu’il existe déjà assez de vêtements pour habiller les six prochaines générations.
On produit plus.
On porte moins.
On jette davantage.
Ces vêtements ne sont pas conçus pour habiller ni durer, ni pour être aimés.
Ils sont conçus pour nous faire consommer toujours plus.
En tant que fondatrice de Bon Magasinage, cette entreprise que j’ai bâtie avec cœur, passion et valeurs, je me suis beaucoup interrogée sur ce que signifie avoir de l’impact dans ce contexte.
Suite à ces réflexions, et à des échanges avec notre communauté, nous leur avons posé la question directement. La réponse a été sans appel : 79 % des répondants se disent dérangés par la présence de l’ultra fast fashion sur le catalogue de Bon Magasinage et 78 % (*4) attendent une prise de position concrète de notre part.
Alors nous en avons pris une :
Bannir l’ultra fast fashion de Bon Magasinage.
Afin d’avancer avec sincérité, bon sens et conviction.
Nous savons que cette décision, à elle seule, ne changera pas l’industrie.
Mais nous croyons profondément que l’accumulation de décisions individuelles peut faire émerger un mouvement collectif capable de peser.
Et que faire mieux commence toujours par faire différemment.
Nous voulons faire de Bon Magasinage, fièrement québécois, le moteur de la circularité textile au Canada. Notre mission – Faire de la seconde main la première mode – s’inscrit directement dans la feuille de route 2030 du Québec, qui vise à doubler l’indice de circularité.
Et puisque nous portons tous des vêtements, nous avons tous un rôle à jouer.
Pas en nous culpabilisant, mais en choisissant, quand on le peut, de ne pas alimenter ce qui nous éloigne de ce que nous voulons être.
Faire de la seconde main la première mode n’est pas une tendance.
C’est un choix.
C’est un engagement.
Une responsabilité que nous décidons d’assumer ensemble.
Parce que ce que nous portons ne s’arrête pas à nous.
Chaque choix que nous faisons aujourd’hui façonne le monde de demain.
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Sources :
*1 https://www.greenpeace.org/static/planet4-eu-unit-stateless/2025/11/3ad070d9-20251114_shameonyoushein.pdf
*2 https://www.cbc.ca/news/business/marketplace-cheat-sheet-1.6196377
*3 https://www.ellenmacarthurfoundation.org/articles/the-trends-and-trailblazers-creating-a-circular-economy-for-fashion
*4 Réponse à un sondage interne, bilan sur demande